Contenir
Titre : Contenir
Nature : pièce audiovisuelle
Durée : Boucle de 5 minutes
Artiste : Louis Vabres
Contenir est composée d’images et des sons de différentes natures, collectés à l’aide de
supports de captation variés. Les espaces représentés par les images possèdent une des six
caractéristiques suivantes:
– Espaces intérieurs artificiels où un liquide est censé être présent, mais ne l’est pas.
– Espaces extérieurs artificiels où un liquide est censé être présent, mais ne l’est pas.
– Espaces extérieurs naturels où un liquide est censé être présent, mais ne l’est pas.
– Espaces intérieurs artificiels où un liquide n’est pas censé être présent, mais l’est.
– Espaces extérieurs artificiels où un liquide n’est pas censé être présent, mais l’est.
– Espaces extérieurs naturels où un liquide n’est pas censé être présent, mais l’est.
La quantité d’images est répartie entre ces six critères en proportion égale. Les images et les sons sont captés et récoltés avec des dispositifs d’enregistrements divers – téléphone, caméscope, appareil photo numérique, enregistreur portable – et vont servir de matière composite à l’élaboration d’une forme aqueuse et mouvante. L’absence ou la présence de liquidité intervient comme indicateur du niveau de dialogue avec notre propre intériorité.
Les espaces captés possèdent comme caractéristique commune d’être des « contenant », pouvant accueillir, d’une manière ou d’une autre, du liquide. Ils possèdent toute sorte de formes, et à des échelles variées. Le principe est de mêler ces images, leurs échelles et leurs textures, afin de rendre les repères spatiaux et temporels caducs. Les images confrontées entre elles avec le jeu du montage et de superposition perdent leur référent de proportion, de temps et de lieu. Elles sont extraites de leur milieu jusqu’à l’abstraction. Le cadrage fait en sorte que les bords des « espaces contenants » ne soient jamais visibles dans le cadre, brouillant les volumes.
Concernant l’image, plusieurs cadres se superposent, mêlant différentes modes de production visuelle, allant de l’image de synthèse aux prises de vues naturelles. Les coupes se font progressives, les images s’entremêlent, estompant davantage les repères spatiaux, confondant le plein et le creux, le vide et la surface. Les diverses sources matérielles de prises de vues constituent des textures d’images qui se mélangent entre elles, sans distinctions de format, et construisent ainsi une nouvelle géographie.
Concernant le son, la voix se mêle aux textures sonores récoltées puis échantillonnées, traitées jusqu’à l’abstraction. La voix se fait peu distincte et prend le rôle d’un environnement sonore. Le texte, peu intelligible, narre ce qui traverse et ce qui est discrètement présent, à l’image d’un fluide. Il n’est pas sans évoquer le chapitre sur la dialectique du dehors et du dedans, de la poétique de l’espace (1957) de Gaston Bachelard. Cet ensemble de textes enregistrés concernent les notions de fluidité, d’absence, de présence, de souvenirs, d’espoirs, évoque ce qui nous sépare et ce qui fait frontière entre les différentes formes d’espace. Comment habitons-nous? Et qu’est-ce qui nous habite?
Un autre aspect de la partition sonore est constitué d’éléments abstraits et sensibles, captés depuis l’environnement selon le même principe que les images. Des processus de boucle de rétroactions sonores, de feedback et de larsens, sont déclenchés et captées depuis des espaces clos. Tandis que les sons captés depuis des lieux extérieurs se présentent comme des couches, dont les superpositions génère un bruit de fond continu. Ainsi, la superposition dans le temps et l’espace brouille ce qui est intérieur et ce qui est extérieur, ce qui est vide et ce qui est plein, pour questionner les façons d’habiter nos espaces extérieurs et leur lien avec notre propre intériorité.
Le texte
Comment déterminer la présence d’un fluide
Dans un contenant à soi
Dans un contenant que l’on reçoit
Dans un contenant qui nous entoure?
Les fluides se déplacent, les contenants communiquent.
Présence et absence de fluidité dans notre façon de communiquer.
Je ne sais plus exactement
Ce qui est vide ou ce qui est plein
Ce qui est vide entre nous
Ce qui existe entre nous.
Les canaux restent ouverts
Je n’en vois pas les bords
Ni ce qui déborde
Si tout a déjà coulé
Rien ne déborde
Au delà des bords, l’incertitude
Coule, goutte probable par goutte probable
Flot potentiel
Débit incalculable
Engloutissement inéluctable
Assèchement prémédité.